Eurocorps
AdV



 
Avant de s’installer au quartier AUBERT de VINCELLES, l’état-major de montée en puissance du Corps européen, dès l’été 1992, est établi provisoirement en ville, au quartier STURM. Aussi, en décembre de la même année, les budgets « infrastructure » nécessaires pour aménager les autres quartiers de l’Eurocorps, sont présentés à l’Allemagne et à la France, les « parents légitimes » de la première heure. Pour le quartier AUBERT de VINCELLES, le montant calculé (et converti en €) s’élevait à 14 809 160 € et pour le quartier LIZE à 18 320 610 €.
Le total de ces deux sommes sera arrondi à 38 167 940 €.
Les budgets « Infra » ayant donc obtenu l’aval de ces deux pays, les gros travaux pouvaient démarrer.
Dès les premières semaines de 1993, d’importants travaux de modernisation de l’infrastructure sont mis en oeuvre pour mettre à la disposition de ce nouveau corps d’armée européen les structures d’un état-major moderne.L’intérieur du bâtiment 022 est complètement remodelé et ravalé (les services du génie découvrent à cette occasion, avant que les maçons ne fassent tout disparaître, peinte sur l’un des murs d’un couloir au Nord, une représentation de la 9ème Escadrille du 2° RAC représentant la tête de Mercure, escadrille qui vit, certes très brièvement, Antoine de Saint Exupéry) et quatre blocs modulaires (A, B, C et D – 041, 042, 043 et 044) sont construits à l’Est pour accueillir les bureaux et services de l’état-major. Encore plus à l’Est et perpendiculaire aux blocs modulaires, un bâtiment appelé "Basic" (051), au profit des Transmissions, verra le jour en 1995.
 
Entre l’été 1993, lorsque la Belgique rejoint les rangs de cette toute nouvelle formation, et l’été 1994, quand l’Espagne à son tour devient le quatrième membre de l’Eurocorps, les gros travaux sont achevés et les militaires, progressivement, arrivent de plus en plus nombreux pour occuper tous les bâtiments mis à leur disposition au sein de ce nouveau quartier.
L’état-major achève également son installation matérielle et se met immédiatement au travail. Une simple feuille d’informations baptisée "Euroforum" rédigée par le Service Presse et Relations publiques du quartier STURM est éditée pour la première fois le 27 janvier 1994. Elle sera relayée en janvier 1998 par une version monochrome d’"Eurogazette" qui, comme son nom l’indique, ressemble davantage à une véritable gazette qu’à une feuille d’informations. Ainsi les informations circulent à l’état-major d’abord bi-mensuellement, puis mensuellement et à présent à un rythme bimestriel, en raison de l’accroissement de sa qualité, dorénavant en couleurs et réalisée par une imprimerie civile.
Des troupes de l’Eurocorps participent, pour la première fois, au défilé du 14 juillet 1994 à Strasbourg. A l’automne, les activités de ce nouvel état-major prennent davantage d’ampleur. Chacun est à présent à son poste et les exercices s’enchaînent à un rythme effréné. CIGOGNE, PEGASUS, EUROTRANSITEX, CRISEX, THOR, COBRA, se succèdent, notamment sous l’impulsion du premier chef d’état-major, le général français François Clerc. Il faut en effet préparer au mieux le Corps européen à ses missions futures.
Le 15 janvier 1996, un Service de Restauration et de Loisirs (SRL - bâtiment n°075) et un centre de conférence de 177 places (bâtiment n°074) sont inaugurés.
Officiellement, le 7 mai 1996, le grand-duché de Luxembourg devient le cinquième membre de ce corps d’armée et compte tenu du petit format de l’armée grand-ducale, cette dernière ne met en place qu’un seul officier supérieur à l’état-major.
A la mi-avril 1997, deux blocs modulaires supplémentaires (E et F – 078 et 079), construits dans le prolongement des quatre premiers, un nouveau poste de sécurité (076) au Sud du quartier ainsi que la route d’accès « Rue du Corps européen » sont livrés à l’état-major par les services du Génie.
En 1998, la nouvelle chaufferie est mise en service.
Unanimement reconnu pour la qualité de sa préparation par les instances politiques de nos pays respectifs et même au-delà, du mois de juin 1998 et jusqu’à la fin de 1999, l’état-major de l’Eurocorps est déployé à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine, en 3 contingents successifs de 180 hommes pour une durée de six mois chacun, au sein des structures de l’état-major de la Stabilization FORce (SFOR). Après le retour de la dernière fraction de Sarajevo à Noël 1999, les personnels se préparent à prendre quelques jours de repos bien mérité lorsque la nouvelle mission de l’état-major tombe. Ce sera le Kosovo au printemps suivant.
Entre-temps le bâtiment "géo" (contraction du mot géographique - bâtiment 081) est achevé et livré et le quartier Médard (en l’honneur du capitaine du même nom tombé en Algérie), abritant le Centre des Télécommunications et de l’Informatique n°2 (dont l’autorité de tutelle est le 40ème Régiment de Transmissions de Thionville – 40° RT) est inauguré le 16 décembre 1999 aux portes du quartier AUBERT de VINCELLES sur la rue du Corps européen.
Après les permissions des fêtes de fin d’année, le 15 janvier 2000, arrive dans nos rangs, le premier officier de liaison. Il s’agit du colonel Mantell en provenance du Royaume Uni. Il fera partie de ceux qui s’envoleront pour Pristina, le quartier général de la Kosovo FORce (KFOR), quelques mois plus tard, au mois de mars. (Il quittera l’état-major de l’Eurocorps en février 2004.)
L’état-major de l’Eurocorps investit donc le quartier général de la KFOR à Pristina et en prend son commandement à la mi-avril 2000.
Au retour de cette mission du Kosovo en octobre de la même année, l’état-major accueille, le 1er décembre 2000, le second officier de liaison, le colonel Toma des Pays-Bas (il quittera l’état-major en fin d’année 2003.)
L’été 2001, verra au quartier AUBERT de VINCELLES l’installation du groupe de commandement (composé de tous les généraux et représentants nationaux), qui était auparavant au quartier STURM.
Le 20 août, arrive d’abord un autre officier de liaison, le commandant Topuc de Turquie, qui exercera cette fonction jusqu’au changement de structures de l’état-major en 2002, date à laquelle il sera affecté au G3 (bureau opérations.)
Les lieutenants-colonels Schweiger (Autriche) et Seimenoglu (Grèce) rejoignent l’Eurocorps le 18 mars 2002 pour le premier et le 13 août 2002 pour le second. Ils seront tous les deux intégrés au G9 (bureau des affaires civilo-militaires ou CIMIC.) C’est également au cours de cette année 2002, au mois d’octobre, que l’Eurocorps obtient sa certification en tant que Corps de Réaction Rapide de l’OTAN. Elle aura été précédée de quelques semaines par l’introduction, sur directive du général commandant, le Generalleutnant (GE) H. Kammerhoff, de la langue anglaise comme seule et unique langue de travail à l’état-major.
 
Puis arrivent au cours du premier trimestre 2003 pour être intégrés au G4 (bureau logistique), le lieutenant Pokora de Pologne le 7 janvier et le 3 mars au G3 le lieutenant-colonel Laari de Finlande.
Le colonel Carboni d’Italie, en qualité d’officier de liaison, rejoindra l’état-major le 31 mars.
Au cours de la première quinzaine de juillet 2003, arrive la contribution canadienne à l’état-major. Elle est composée des commandants McLeish et Morrison. Tous les deux seront affectés au G3.
Ce sont à présent 14 nations qui sont représentées au sein de l’état-major du Corps européen. En évolution permanente, l’état-major est une ruche dans laquelle chacun s’affaire ardemment à sa tâche. Mais tout cela a un coût et les cinq nations composant l’Eurocorps doivent assurer un budget de fonctionnement annuel de quelque 17 millions d’€uros.
Rien ne semble cependant pouvoir ralentir la cadence de travail à bord. Subtilement et discrètement, les infléchissements politiques des pays membres sont introduits parcimonieusement dans les étages de l’état-major, afin de préparer au mieux ce puissant corps d’armée aux missions que pourraient nous confier, unanimement, les instances gouvernementales des cinq nations-cadres.
Si d’un côté le commandement entraîne avec ardeur ses hommes pour les futures missions de l’Eurocorps, de l’autre les services du génie se chargent d’embellir notre environnement immédiat. Ainsi, depuis le début de l’année 2003, la zone des hangars au Nord-Est du quartier est complètement démontée, puis nivelée et enfin bitumée afin d’accueillir une nouvelle surface de stockage de dernière génération. Un bâtiment modulaire (086) situé à proximité et au Sud du bâtiment "Basic" est livré à l’été à l’état-major pour y héberger un ou plusieurs services du quartier STURM. Initialement, c’était la cellule de la Représentation Air qui devait prendre en compte les lieux, mais les contraintes techniques n’étant qu’imparfaitement réalisées c’est finalement le service de Presse et celui des conseillers juridiques du quartier STURM qui devraient occuper les locaux.
Ce bâtiment modulaire, lors de sa construction, a quelque peu souffert. En effet, la dalle de béton posée sur les murs du rez-de-chaussée s’est brutalement effondrée, n’occasionnant par chance aucune victime.
Quelques semaines plus tard, sur le périmètre militaire à l’Ouest, une société civile de réseaux de communications ouvre le sol et ce sont ces travaux d’excavation qui permettent la mise à jour, le 17 juillet, d’un obus allemand datant de la guerre de 1870.
 
Le 15 octobre 2003, le CE est désigné pour assurer, au cours du deuxième semestre 2006, le commandement terrestre de la Nato Response Force (force de réaction de l’OTAN.) Il devra alors être en mesure de déployer une structure de commandement adaptée en cinq jours.
Au lendemain du 1er de l’An 2004, des plans d’engagement en Afghanistan au cours de l’été prochain, d’une partie de l’état-major et de son QG, circulent entre les différents bureaux.
 
Parmi les "anciens" qui ont encore connu l’ancienne entrée du quartier AUBERT de VINCELLES, côté Nord par la rue Louis Blériot, certains se sont étonnés qu’elle n’ait pu être réaménagée afin d’éviter la création d’un nouveau poste de sécurité au Sud. Les débats autour de cette question ont eu lieu vers 1994 et la réponse m’a été apportée par la direction des travaux du génie en septembre 1997.
Elle est la suivante :
« Hormis la fragilité de la surface sur laquelle est construit le quartier AUBERT de VINCELLES (zone de captage des eaux), en particulier, il apparaît que les associations de riverains de la partie Nord du Polygone incitaient la Communauté Urbaine de Strasbourg à tout mettre en œuvre pour déplacer l’aérodrome civil vers le Sud à cause des nuisances sonores. Le commandement militaire de l’époque, conscient de la manœuvre en cours, s’y opposa fermement car il voulait créer à cet emplacement précis un grand espace vert. A partir de cet instant, il devenait également difficile de négocier sur la rue du Corps de Garde au Nord prolongée par la rue Guynemer et la rue Louis Blériot, sur lesquelles le Corps européen voulait lever les limitations de 3,5 et 6 tonnes. Pour couper court à toutes formes d’échange avec la CUS, le commandement décida alors d’ouvrir un accès vers le Sud, en direction du Chemin du Schulzenfeld, c’est-à-dire sur son propre terrain militaire ce qui contribua à raccorder plus tard, en 1999, le nouveau quartier des transmissions (le quartier Médard.) »
 
Mais la phase de modernisation de l’Eurocorps n’est pas achevée pour autant et il semblerait que dans les cartons de l’officier « Infra » il y ait encore quelques projets majeurs à venir comme la construction d’un gymnase polyvalent à proximité de l’actuel stade.
 
A présent voici quelques témoignages "d’anciens" du quartier AUBERT de VINCELLES :
Major (FR) Vioux : « Au quartier AUBERT de VINCELLES, dans les années 1970, lorsque nous allions effectuer des travaux sur les lignes téléphoniques, nous empruntions la rue Louis Blériot en longeant l’aéro-club d’Alsace. Je me souviens de ce gardien civil qui habitait sur place dans le local de garde (rasé en 2003) au Nord-Est du quartier. A notre arrivée, il nous ouvrait la barrière. Il avait interpellé mon attention par sa passion pour les chardonnerets qu’il capturait souvent dans leur nid afin de les mettre en cage par la suite. »
 
Madame Fabienne (FR) Lubelli : « Je suis arrivée le 15 octobre 1993 au quartier AUBERT de VINCELLES. Les 4 premiers bâtiments modulaires A, B, C et D venaient d’être construits mais les espaces verts n’existaient pas encore. Ce n’était que boue partout. J’ai vu arriver du quartier STURM les premiers militaires français, allemands et belges qui se sont installés dans les nouveaux bâtiments modulaires. Le bâtiment 022 fut livré et rendu accessible à l’été 1994. Afin de préserver l’état neuf des sols, les sportifs qui rentraient de leur séance matinale de "décrassage" devaient se brosser les chaussures grâce à la brosse et au seau d’eau disposés à cet effet à l’entrée de chaque bâtiment. En hiver, l’eau gelait. »
 
Major (FR) Wyrebski : « Je connais le quartier AUBERT de VINCELLES depuis 1980, date à laquelle j’y suis venu pour la première fois. En ce temps là, l’Escadron de Quartier Général de la 1ère Armée accueillait les footballeurs du Racing Club de Strasbourg qui venaient régulièrement prendre leurs repas au mess du quartier ce qui nous permettait en retour, à titre de remerciement, d’assister gratuitement aux matchs de l’équipe.
Par ailleurs, à chaque exercice important de la 1ère Armée, dont le P.C. était armé au quartier AUBERT de VINCELLES, il n’était pas inhabituel de voir qu’un semi-remorque immatriculé dans un des pays de l’ancien Pacte de Varsovie était garé sur la route Nord, Louis Blériot, et déclenchait systématiquement l’intervention de la gendarmerie.
Quant à la fermeture du quartier AUBERT de VINCELLES/EQG/1ère Armée, elle est intervenue le 1er octobre 1990. Cette date correspond au transfert du P.C. de la 1ère Armée vers le château de Mercy (Meurthe & Moselle), lieu de ses nouvelles structures. »
 
Teniente-Coronel (SP) Cantero : « Lorsque je suis arrivé à l’état-major pour ma première affectation, le 1er août 1995, j’ai été placé au G1 (bureau « Personnels »), section coordination. Le jour de mon arrivée et en compagnie de cinq autres officiers espagnols, nous avons été reçus par le chef d’état-major, le général (FR) Clerc. Ce dernier nous a demandé nos compétences individuelles et les services dans lesquels nous allions être affectés. Et là, surprise ! Aucun de nous ne devait rejoindre un poste de sa spécialité. J’ai quitté l’état-major en 1998 pour y revenir à l’été 2001. J’ai constaté que l’on avait fait table rase de tout ce qui avait été réalisé auparavant. »
 
Capitaine (CR-FR*) Alain Boy : « Onze ans de présence à l’Eurocorps (comme appelé du contingent, puis personnel civil et officier de réserve) m’ont permis de tirer un enseignement flagrant concernant la vie en communauté multinationale : rien ne vaut le sport pour tisser des liens réels avec les militaires des cinq pays membres : biathlons, raids en montagne, raids interalliés, triathlons et autres marathons m’ont valu mes plus grandes satisfactions et mes plus profondes amitiés avec mes collègues européens, même après leur mutation. »

* Cadre de Réserve français




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